La jurisprudence récente sur le déréférencement en France a renforcé la finesse de l’arbitrage entre vie privée et liberté d’information.
Les décisions du Conseil d’État et les orientations de la CJUE ont précisé les critères d’examen que la CNIL doit appliquer, notamment pour les contenus relatifs à des procédures pénales, et ces points clés préparent une lecture pragmatique des suites procédurales.
A retenir :
- Droit au déréférencement encadré pour données pénales sensibles
- Critères d’exactitude, source, date, et portée informationnelle publique
- Notoriété de la personne, rôle public, et intérêt du débat
- Possibilité d’accès par mots-clés non nominatif à vérifier
À ce sujet, le Conseil d’État précise l’équilibre entre vie privée et liberté d’information, et cette précision invite à examiner les critères concrets qui suivent
Cet examen illustre l’application de la jurisprudence CJUE C-136/17
La Haute juridiction administrative reprend la grille de lecture européenne pour les données pénales sensibles et précise son champ d’application.
Selon le Conseil d’État, la gravité de l’ingérence justifie en principe un déréférencement, sauf nécessité stricte d’information publique, selon des critères précis.
Critères d’examen CNIL :
- Nature et sensibilité des données
- Objectivité et exactitude des faits relatés
- Date de mise en ligne et actualité du contenu
- Possibilité d’accès via mots-clés non nominatif
Critère
Explication
Conséquence pratique
Nature des données
Données relatives à procédures pénales et condamnations
Poids élevé en faveur du déréférencement
Exactitude
Contenu factuel ou opinions et commentaires
Moins favorable si le contenu reste factuel
Notoriété
Statut public de la personne concernée
Plus grande tolérance si rôle public avéré
Accessibilité
Accès possible par mots-clés alternatifs
Réduit l’argument de suppression nominative
« J’ai obtenu la suppression d’un ancien article après une mise en demeure, la démarche a été longue mais efficace »
Alice D.
Cette illustration de la méthode judiciaire montre que l’analyse est strictement factuelle et contextualisée, ce qui facilite la prise de décision de la CNIL.
Elle implique un examen précis des éléments publiés et de leur actualité, préparation utile pour aborder les pratiques des moteurs ci-dessous.
Ensuite, la mise en œuvre par la CNIL et les moteurs comme Google ou Qwant révèle des pratiques techniques et procédurales distinctes, et ces différences influencent les recours possibles
Cette partie précise le rôle procédural de la CNIL dans les demandes de mise en demeure
La CNIL doit appliquer les critères établis par la jurisprudence et motiver sa décision au regard de l’intérêt public et du respect de la vie privée.
Selon la CNIL, la disponibilité d’informations alternatives non nominatives est un facteur déterminant lors de l’appréciation du déréférencement demandé.
Points CNIL :
- Instruction factuelle et demande motivée
- Évaluation de l’intérêt public et du préjudice
- Mise en demeure fondée ou rejet motivé
- Possibilité de recours juridictionnel
Cette section compare l’attitude concrète des moteurs Google, Bing, Qwant et Yahoo face aux demandes
Les moteurs appliquent des procédures internes de retrait après réception d’une mise en demeure, avec des degrés de transparence distincts selon l’opérateur.
Selon des analyses sectorielles, Google publie des rapports de transparence tandis que Qwant met en avant la protection des données personnelles.
Comparatif moteurs :
- Google : procédure centralisée, rapports publics
- Bing : alignement aux lois locales
- Qwant : position axée sur la vie privée
- Yahoo : règles alignées aux grands acteurs
Moteur
Politique
Transparence
Remarque
Google
Processus de déréférencement basé sur droit local
Rapports réguliers
Prise en compte des décisions administratives
Bing
Respect des injonctions locales et européennes
Moins détaillée que Google
Procédures en forte évolution
Qwant
Orientation protection des données
Communication ciblée
Approche plus prudente
Yahoo
Politique alignée aux normes internationales
Transparence variable
Suivi des décisions nationales
« Mon expérience avec une demande contre un article de presse s’est soldée par une réindexation partielle après appel »
Marc L.
La diversité des réponses techniques impose une stratégie adaptée pour chaque moteur, qu’il s’agisse de Google ou d’acteurs alternatifs comme Qwant.
Ces différences techniques précèdent la dimension contentieuse que nous examinons ensuite.
Enfin, voies de recours et conséquences pour les médias et entreprises technologiques, avec des exemples d’application pratique et d’effets opérationnels
Ce segment décrit les possibilités de recours devant le Conseil d’État et la place éventuelle d’un pourvoi devant la Cour de Cassation
Après une décision administrative, les requérants peuvent saisir le Conseil d’État pour excès de pouvoir afin d’obtenir l’annulation d’une décision de refus.
Selon la pratique, un recours contentieux peut se poursuivre devant la voie administrative supérieure, et la Cour de Cassation peut être saisie sur des points de droit spécifiques.
Recours juridico-administratifs :
- Saisine de la CNIL puis mise en demeure
- Recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État
- Possibilité d’appel ou pourvoi selon la voie
- Actions civiles pour atteinte à la réputation
Impact pour médias et entreprises :
- Médias (ex : Le Monde, Altice Media) : gestion éditoriale et archives
- Moteurs : ajustement des index et notices de retrait
- Entreprises : réputation en ligne et due diligence
- Plateformes : signalement et révision des procédures internes
Cas
Support
Décision
Effet pratique
Affaire de condamnation ancienne
Article de presse
Déréférencement sur recherche nominative
Réduction de visibilité liée au nom
Article factuel ancien
Archive en ligne
Maintien si strict intérêt public
Accès possible via mots-clés non nominatif
Erreur factuelle persistante
Publication web
Correction et déréférencement possible
Rectification demandée au média
Personnalité publique
Article critique
Moindre protection au regard de débat public
Accès maintenu si intérêt public avéré
« Nous avons révisé nos archives pour mieux répondre aux demandes de déréférencement et préserver l’information publique »
Pauline M.
« À mon avis, ce cadre juridique renforce la responsabilité des rédactions et des moteurs quant aux contenus anciens »
Éric N.
Ces éléments montrent que les acteurs doivent concilier obligations légales et devoir d’information, une exigence devenue centrale pour les éditeurs comme pour les moteurs.
Un enchaînement judicieux entre étapes administratives et contentieuses permet d’obtenir des solutions adaptées aux enjeux réels de réputation et d’information.
Source : Conseil d’État, « Décision relative au déréférencement », Légifrance, 2024 ; CJUE, « Affaire C-136/17 », CURIA, 2019 ; Le Monde, « Droit au déréférencement », Le Monde, 2023.




